Mon histoire – Surmonter La Toxicomanie et un Trouble Alimentaire

toxicomanie-dépendanceJe crois que j’étais disposée à la dépendance dès ma naissance. J’étais une enfant extrêmement sensible. Je ressentais mes émotions avec une grande intensité, je pleurais fréquemment et je me sentais souvent profondément seule. J’ai grandi avec la croyance que je devais toujours bien aller et, pour cette raison, je demandais rarement de l’aide même quand j’en avais besoin. Je me blâmais pour mes sentiments et les intériorisais. Très jeune, cette dissonance cognitive m’a entraînée vers des mécanismes d’adaptation mésadaptés. À l’âge de 8 ans, j’ai commencé à m’automutiler. Je me grattais partout à en avoir la peau à vif chaque fois que j’étais anxieuse. L’automutilation a progressé vers des formes plus graves, jusqu’à ce que je découvre l’alcool à l’âge de 13 ans. Pendant une heure, l’alcool effaçait la solitude qui m’affligeait et faisait taire mon anxiété et mes peurs. Peu après, j’ai commencé à consommer de la drogue pour les mêmes raisons. Alors que j’avais 15 ans, un trouble alimentaire a pris forme en réponse à mes besoins intarissables d’échapper à mes sentiments et d’exercer un contrôle sur ma vie.

Un des pièges de la dépendance, c’est qu’elle nous paraît sensée, peu importe la souffrance qu’elle engendre. Ma vie était complètement rongée par la nécessité de fuir la réalité : chaque instant passé en moi était une torture. J’endurais mes semaines sachant que je pourrais me saouler à en perdre conscience une fois la fin de semaine arrivée. J’étais obsédée par mes résultats scolaires et mon poids parce que je voulais être parfaite. J’échouais inévitablement et recourais à l’alcool et la drogue pour couvrir ma culpabilité, ce qui ne faisait que l’alourdir. Ce qui est déconcertant avec la dépendance, c’est que jamais il ne m’est venu à l’esprit que toutes ces choses ne réglaient pas mes problèmes, et que le véritable mal était ma haine pour moi-même. Ce vieil adage sur la dépendance était totalement vrai dans mon cas : c’est la seule maladie qui nous convainc que l’on n’est pas malade. Je m’accrochais à mes dépendances comme à une veste de sauvetage, malgré que je sombrais avec elles. J’adorais plus que tout l’effet de l’alcool, de la drogue, ou du manque de nourriture parce que pendant quelques heures, j’étais quelqu’un d’autre. Je pouvais être qui je voulais. Mon anxiété, ma peur et ma dépression s’évaporaient. Mais la seconde où les effets se dissipaient, toutes mes émotions revenaient vers moi à toute vitesse.

Mes relations avec les autres dépérissaient. Il est extrêmement difficile d’être une amie, une copine ou une fille aimante quand on est obsédée par l’envie d’être quelqu’un d’autre. Comment laisser quelqu’un nous aimer quand on ne s’aime pas soi-même? Bien que j’arrivais à cacher de nombreuses dépendances, mes comportements imprévisibles et souvent cruels ne passaient pas inaperçus. J’ai mis fin à des relations simplement parce qu’on avait soulevé la question de ma consommation de drogue. Je me liais seulement à des personnes qui pouvaient me procurer de l’alcool ou de la drogue. Ma relation avec mes parents était tout au mieux toxique : ma mère et moi nous affrontions dans des disputes animées quasi-violentes, alors que mon père essayait de faire la médiation. Ce qui faisait le plus mal, c’est que je ne voulais pas blesser les autres. Je voulais sincèrement les aimer et prendre soin d’eux, mais j’en étais incapable. J’avais besoin de ces échappatoires pour survivre dans le monde que je m’étais créé, et je ne pouvais concevoir ma réalité sans eux.

Ma guérison a commencé quand je me suis rendue compte que cette vie allait me tuer. Vers la fin, je buvais pour perdre conscience et me droguais tous les jours. Je sniffais de la colle et buvais du désinfectant à mains pour me défoncer encore plus. Je vomissais du sang à cause des fréquentes purges (plus tard, j’ai découvert que j’avais endommagé mon œsophage) et ma maigreur était gravement inquiétante. J’en étais arrivée au point où je faisais tout ce qui était possible pour ne plus ressentir, puis tout a arrêté de fonctionner. J’ai su que je ne pouvais plus continuer à vivre comme ça. Je ne savais pas comment vivre sans dépendances, mais la seule autre option était de mourir. À ce moment-là, je voulais mourir plus que tout au monde.

Ce qui m’a sauvé la vie, c’est la décision de ne pas mourir. J’ai parlé à mon psychothérapeute de l’époque. Il a appelé ma mère qui m’a ensuite conduite à l’hôpital. Le processus de guérison a commencé par une hospitalisation de dix jours dans un hôpital psychiatrique suivi d’un mois de traitement partiel. À ma sortie de l’hôpital, je me suis jointe à un programme en douze étapes duquel je fais toujours partie. Le 13 juillet 2016, j’ai célébré mon quatrième anniversaire de guérison, et je peux affirmer avec assurance que l’autrefois terrifiante décision de ne pas mourir m’a donné une vie que je n’aurais jamais cru possible.

Guérir n’est pas facile. À l’hôpital, un conseiller m’a un jour dit : “Si ce n’est pas éprouvant, il n’y aura pas de progrès.” C’était entièrement vrai pour moi. La guérison dépasse totalement l’action de se désintoxiquer ou de se remettre à manger. J’ai dû réapprendre à mener ma vie de A à Z. Ma perception de moi-même et du monde est ce qui m’a poussée à la dépendance, pas les substances dont j’ai abusé. La guérison n’est pas facile à vivre. À certains moments, elle est pénible. Mais cette guérison est le plus beau cadeau que je me sois offert, parce qu’elle m’a permis de réussir encore tellement plus que de rester en vie. Aujourd’hui, je m’aime. J’aime ma vie, et ça, je n’avais jamais même osé en rêver.

par: Nina Hermes