Trouver de l’aide à propos du faible désir sexuel féminin

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À certains moments au cours de votre vie, peut-être avez-vous ressenti que votre vie sexuelle est quasiment inexistante. Peut-être vous sentez-vous comme si votre niveau de désir (le sentiment d’ « avoir envie » de sexe) n’est pas aussi haut qu’il avait l’habitude d’être, voire qu’il est complètement parti. Vous vous demandez peut-être s’il y a quelque chose qui ne va pas chez vous spécifiquement et si cela est « normal ». Autant que nous puissions donner de la valeur à d’autres aspects de nous-même et à ceux de notre partenaire, la sexualité est une partie importante de la vie à deux pour une majorité de couples engagés dans une relation amoureuse, et la vérité est que la majorité des gens ne savent pas comment parler de leurs préoccupations à propos de la sexualité avec leur partenaire, avec leurs amis, et spécialement avec leur médecin de famille. Pour rendre les choses encore plus difficiles pour ceux qui souhaitent obtenir de l’aide, les omnipraticiens manquent souvent de connaissances, d’outils et de temps pour évaluer correctement les difficultés sexuelles chez leurs patients.

En quoi consiste le faible désir sexuel?

Selon une croyance populaire répandue, il semblerait que tout le monde veut avoir du sexe et tout le monde a du sexe TOUT le temps. Vous seriez surpris d’apprendre que le faible désir sexuel est la plainte la plus courante chez les femmes tout au long du cycle de leur vie et que les conditions cliniques associées sont majoritairement non diagnostiquées (1)(2). Un diagnostic de trouble du faible désir sexuel (trouble de l’excitation/intérêt sexuel ou TEIS) nécessite au moins trois des critères suivants, présents depuis une période d’au moins 6 mois :

(1) une réduction ou un manque de l’envie d’avoir du sexe,

(2) une réduction ou un manque de pensées/fantasmes sexuels,

(3) une réduction ou un manque dans la démonstration de l’initiative et de la réponse à des activités sexuelles ou des avances sexuelles d’un partenaire,

(4) une réduction ou un manque dans la capacité à ressentir du plaisir sexuel,

(5) une réduction du désir face à un stimulus sexuel (pornographie, littérature érotique, etc.) et/ou

(6) une réduction ou un manque de sensations génitales ou non-génitales (3).

Une partie importante de l’évaluation de la condition réside dans le fait qu’une femme ressente une détresse importante à propos de ces symptômes et de la façon dont cela l’affecte elle et ses relations. Il est important de prendre en considération qu’une femme qui n’est pas engagée au plan sexuel dans une relation amoureuse ou que son niveau de désir sexuel s’apparente à celui de son conjoint pourrait ne pas vivre de détresse face à ces symptômes et n’aura pas la perception qu’elle a un problème à ce niveau. Lorsqu’il s’agit de désir sexuel, tout est relatif.

Quelles sont les causes du faible désir sexuel féminin?

Les niveaux de désir sexuel chez la femme peuvent varier de manière significative et pour de nombreuses femmes, avoir envie de sexe ne vient pas spontanément, mais plutôt en réponse au sentiment de se sentir proche de leur partenaire (désir sexuel réactif).

Le désir change naturellement tout au long de la durée de vie et peut être affecté par plusieurs facteurs, incluant le stress au sein de la relation interpersonnelle, le deuil, la maladie, la prise de médication ou de substances, et les troubles mentaux. Malgré toute la recherche effectuée sur le sujet, à ce point-ci, il n’y a pas de cause(s) établies qui expliquerai(en)t le trouble du faible désir sexuel. Plusieurs liens ont été faits avec les différents niveaux d’hormones, suggérant que l’estrogène et la testostérone influence le désir sexuel chez la femme, cependant d’autres études ont démontrées que ces liens ne s’avèrent pas toujours vrais (4,5). Les hormones, par conséquent, sont connues comme ayant une influence sur le désir sexuel chez la femme, toutefois leur rôle exact dans le développement du faible désir sexuel n’est pas encore clair.

Certaines études ont trouvées des différences dans la structure du cerveau et dans son fonctionnement chez les femmes ayant et n’ayant pas de faible désir sexuel. Ces découvertes suggèrent que le cerveau peut tout autant avoir une tendance ou une prédisposition à fonctionner d’une manière qui résulte en un faible désir sexuel (6), ou que ces différences peuvent découler d’adaptations à des expériences ou des comportements sexuels (7).

Indépendamment du fait de connaître la ou les cause(s) spécifique(s), les femmes diagnostiquées avec un trouble du désir sexuel tendent à rapporter une qualité de vie inférieure, de l’insatisfaction face à leur vie sexuelle, à leur partenaire, ou leur mariage, des états émotionnels négatifs tels que la frustration, le désespoir, la colère, la pauvre estime de soi, et une perte de féminité en comparaison avec les femmes qui n’éprouvent pas de problèmes sexuels (8).

Il n’est pas nécessaire que vous rencontriez toutes les conditions médicales mentionnées précédemment pour obtenir de l’aide. Si ces symptômes vous semblent familiers et que ceux-ci vous pèsent de manière significative, vous pourriez vouloir explorer les causes potentielles ou essayer des techniques différentes pour vous aider à réveiller votre appétit sexuel. Un sexologue, un thérapeute de couple ou un psychologue clinicien formé à l’intervention auprès des personnes aux prises avec des difficultés sexuelles peut vous aider.

En quoi consiste la thérapie sexuelle?

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La thérapie sexuelle pour traiter le dysfonctionnement sexuel féminin n’est pas basée sur une recette « infaillible à tout coup ». Les expériences sexuelles des femmes sont hautement complexes et les niveaux de désir peuvent grandement varier. Le désir n’est pas juste une question de facteurs physiologiques. Il existe également des facteurs sociaux et relationnels comme l’intimité, la communication à propos des pratiques sexuelles voulues et aimées, à quel niveau les expériences sexuelles vécues sont-elles évaluées comme satisfaisantes, ainsi que le niveau de connaissances et d’attentes de chacun des partenaires à propos de la sexualité et du fonctionnement sexuel sont toutes des composantes qui jouent un rôle important dans la fréquence où vous aurez « envie ».

Une approche fréquemment utilisée pour traiter les troubles du désir sexuel est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Elle est largement utilisée avec les femmes présentant un faible désir sexuel et peut avoir des résultats encore plus satisfaisants lorsque le partenaire sexuel est également impliqué (10). Cette forme de thérapie est efficace pour aborder les pensées distrayantes ou négatives que certaines femmes expérimentent lors de l’activité sexuelle. Ces pensées peuvent interférer dans la capacité à prendre conscience d’un changement des sensations sexuelles au niveau corporel durant l’activité sexuelle et de l’augmentation du désir sexuel qui survient souvent en réponse au fait d’être intime avec votre partenaire (1). La thérapie peut inclure un entraînement à améliorer les habiletés de communication chez l’individu ou dans le couple, améliorer les habiletés sexuelles et réduire l’anxiété vécue face à la sexualité pour améliorer la satisfaction de manière globale.

La thérapie peut également impliquer des techniques de pleine conscience. La pleine conscience est devenue de plus en plus soulignée dans la littérature et en ligne comme étant une technique efficace pour aider avec une panoplie de problématiques. Il en ressort que la pleine conscience, une pratique similaire à la méditation qui tire ses origines des traditions bouddhistes, peut également être utilisée concernant le faible désir sexuel féminin. Les thérapies basées sur la pleine conscience amène les clients à se concentrer sur les pensées dans le moment présent, les émotions et les sensations corporelles. Cela aide les femmes à devenir plus conscientes des changements qui surviennent dans leur corps durant l’activité sexuelle ou lors de l’anticipation d’une activité sexuelle. À l’instar de la TCC, l’entraînement à la pleine conscience en présence d’un faible désir sexuel peut aussi se focaliser au niveau de n’importe quelle pensée négative apprise pouvant s’être installée après des années d’expériences sexuelles négatives. Jusqu’ici, la pleine conscience a été utilisée avec succès pour des populations de femmes combattant un cancer gynécologique, de femmes ayant une histoire de traumas dans l’enfance ou ayant vécus des abus sexuels, ainsi que de femmes présentant de la douleur génitale chronique, et semble améliorer autant le fonctionnement au plan sexuel que le désir sexuel (1, 10, 11, 12,13). Un autre avantage d’apprendre des techniques de pleine conscience est que les clients peuvent continuer d’utiliser ces techniques apprises en thérapie au quotidien.

Les traitements pour le faible désir sexuel s’attaquera au problème sexuel et abordera les autres aspects des relations amoureuses comme étant une entité entière, afin d’évaluer globalement le fonctionnement relationnel et la qualité de vie. Lorsque la thérapie prend fin, l’efficacité du traitement ne devrait pas seulement couvrir l’aspect que vous désirez et pratiquez plus souvent la sexualité, mais tiendra également compte de vos attentes à propos du désir, à quel niveau êtes-vous satisfaites de vos expériences sexuelles, comment ressentez-vous que ces expériences améliorent votre qualité de vie et finalement, quel est notre niveau de confiance concernant l’activité sexuelle (9).

Qu’en est-il de la médication?

Présentement, au Canada, il n’y a pas de médication approuvée pour le traitement du faible désir sexuel chez les femmes. Peut-être vous demandez-vous « Qu’en est-il du Viagra féminin? J’en ai entendu parler aux nouvelles! » La « pilule rose » incorrectement appelée le Viagra féminin est présentement disponible aux États-Unis, mais est toujours en processus d’approbation par Santé Canada. Ce médicament, le Flibanserin (Addyi), a été originellement développé comme un antidépresseur mais s’est davantage fait connaître pour sa capacité à améliorer le désir sexuel chez les femmes qui avaient perdu leur libido.

Addyi ne fonctionne pas de la même manière que le fait le Viagra pour les hommes, celui-ci amenant un afflux sanguin dans les parties génitales, mais il change plutôt les signaux chimiques dans le cerveau qui sont impliqués dans le désir sexuel. Il y a eu une grande controverse suivant le développement et l’approbation de médications servant à augmenter le désir sexuel chez les femmes lorsque certains cliniciens ont exprimé l’opinion que le désir sexuel féminin est un phénomène trop complexe pour être uniquement traité avec une pilule. D’autres affirment plutôt l’opinion que ce médicament sera simplement un autre outil que les femmes auront le choix d’utiliser, si elles ressentent que leur problème en nécessite l’utilisation. Tandis que certains ont le sentiment que l’existence d’une pilule pour les femmes envoie le message que d’avoir un faible désir sexuel signifie que quelque chose est essentiellement inadéquat, plutôt que de se concentrer sur les autres facteurs relationnels et d’éduquer les hommes et les femmes à propos de la fluidité et de la complexité du désir sexuel des femmes. La question de savoir si cette option sera disponible pour les femmes canadiennes demeure encore inconnue, mais, si elle est disponible, elle ne sera probablement pas utilisée comme traitement primaire, mais davantage une option qui sera disponible pour compléter d’autres thérapies lorsque le désir sexuel est particulièrement problématique et entraîne une détresse importante.

Conclusion

Bien que nous ayons besoin d’effectuer encore plus de recherches sur les traitements des problèmes de désir sexuel chez les femmes, les thérapies psychologiques et basées sur la pleine conscience démontrent des effets prometteurs et nous indiquent que la faible libido chez les femmes peut être améliorée lorsque nous considérons que le désir sexuel est un phénomène aux multiples facettes qui implique non seulement des facteurs individuels mais également des facteurs relationnels et une composante d’éducation à la sexualité. Si votre manque de libido vous inquiète, prenez quelques instants pour explorer les caractéristiques présentes à l’intérieur de vous et même les aspects de votre relation amoureuse et de votre environnement qui peuvent y contribuer. Demandez l’aide de professionnels qui sont formés en thérapie de couple et sexuelle. Ne soyez pas timides, ils sont là pour vous aider.

Par: Mayte Parada, PhD Montreal Therapy Centre

 

Références

  1. Brotto, L.A. (2017) Evidence-based treatments for low sexual desire in women. Frontiers in Neuroendocrinology, 45, pg: 11-17.
  2. Goldstein, I., Kim, N.N., Clayton, A.H., DeRogatis, L.R., Giraldi, A., Parish, S.J., Pfaus, J.G., Simon, J.A., Kingsberg, S.A., Meston, C., Stahl, S.M., Wallen, K. (2017). Hypoactive sexual desire disorder: International society for the study of women’s sexual health (ISSWSH) expert consensus panel review. Mayo clinic proceedings, 92, 114-128.
  3. American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.) Washington, DC.
  4. Reed, B.B., Bou Nemer, L., Carr, B.R. 2016. Has testosterone passed the test in premenopausal women with low libido? A systematic review. International Journal of Women’s Health, 8, 599-607.
  5. Dennerstein, L., Koochaki, P., Barton, I., Graziottin, A. (2006). Hypoactive sexual desire disorder in menopausal women: a survey of Western European women. Journal of Sexual Medicine, 3, 212-222.
  6. Toates, F. (2009). An integrative theoretical framework for understanding sexual motivation, arousal, and behaviour. Journal of Sex Research, 46, 168-193.
  7. Sweatt, J.D. (2016). Neural plasticity and behavior: sixty years of conceptual advances. Journal of Neurochemistry, http://dx.doi.org/10.1111/jnc.13580.
  8. Shifren, J.L., Monz, B.U., Russo, P.A., Segreti, A., Johannes, C.B. Sexual problems and distress in United States women: prevalence and correlates, Obstetrics and Gynecology, 112, 970-978.
  9. Meana, M., Hall, K.S.K., Binik, Y.M., (2014). Sex therapy in transition: Are we there yet? In: Binik, M., Hall, K.S.K (Eds.), Principles and Practice of Sex Therapy, fifth ed. Guilford, New York, NY, pp. 541-557.
  10. Brotto, L.A., Basson, R., Luria, M. (2008a). A mindfulness-based group psychoeducational intervention targeting sexual arousal disorder in women. Journal of Sexual Medicine, 5, 1646-1659.
  11. Brotto, L.A., Erskine, Y., Carey, M., Ehlen, T., Finalyson, S., Heywood, M., et al. (2012a). A brief mindfulness-based cognitive behavioral intervention improves sexual functioning versus wait-list control in women treated for gynecologic cancer. Gynecology and Oncology, 125, 320-325.
  12. Brotto, L.A., Basson, R., Carlson, M., Zhu, C. (2013). Impact of an integrated mindfulness and cognitive behavioural treatment for provoked vestibulodynia (IMPROVED): a qualitative study. Sexual and Relationship Therapy, 28, 3-19.
  13. Brotto, L.A., Basson, R., Smith, K.B., Driscoll, M., Sadownik, L. (2015). Mindfulness-based cognitive therapy for women with provoked vestibulodynia. Mindfulness, 6, 417-432.