Gérer les relations polyamoureuses

Par Shutterstock

De plus en plus de personnes décident que la monogamie n’est pas faite pour eux et choisissent de s’engager dans des relations ouvertes, ou polyamoureuses (poly = «nombreuses, plusieurs » partenaires consentants). Avec ces types de relations différentes viennent des sortes de problèmes différents que vous pouvez ne pas avoir considérés au préalable ou que vous pouvez ne pas avoir eu à traverser auparavant. Janet W. Hardy et Dossie Easton, auteures du livre « The Ethical Slut » explorent quelques-uns des défis les plus communs vécus au sein des relations polyamoureuses et de comment naviguer au travers ceux-ci.

Gérer la jalousie

La jalousie peut être l’un des plus grands obstacles auxquels il faut se confronter au sein des relations polyamoureuses. La jalousie peut être une émotion très puissante pour certains et la gérer efficacement peut ouvrir de nouvelles opportunités de compréhension de soi et de croissance.

Confronter ce sentiment nous permet de comprendre ce que la jalousie représente véritablement pour nous. Bien souvent, la jalousie se camoufle derrière d’autres émotions comme la colère ou la haine. Cela peut également exprimer l’insécurité personnelle de la personne, la peur du rejet ou de l’abandon. Cela peut même représenter une perte du territoire personnel ou une forme de compétition.

Il est nécessaire que chacun prenne un temps d’introspection pour évaluer ce que leur jalousie représente afin d’être capable d’en venir à bout et de la dépasser. Cela peut s’avérer une tâche difficile pour certains. Les représentations les plus complexes de la jalousie peuvent être enracinées très profondément et être très difficile à confronter seul avec soi-même. Souvent, nos sentiments peuvent être projetés sur autrui et peut endommager nos relations.

Si vous croyez que cela vous décrit, prenez le temps d’en parler avec un ami en qui vous avez confiance, de vous joindre à un groupe ou de prendre rendez-vous avec un psychothérapeute pour désapprendre et donner moins de pouvoir à votre jalousie. Travailler ensemble avec l’aide d’un thérapeute conjugal, même s’il y a plus de deux personnes dans le couple, peut s’avérer très enrichissant.

Embrasser le conflit

Une partie de la construction de l’intimité au sein de vos relations implique de partager des expériences empreintes de vulnérabilité. Lorsque les problèmes se présentent d’eux-mêmes, c’est toujours une bonne idée de réfléchir à propos de ce que nous espérons obtenir de ces situations et la réponse, selon l’avis de Hardy et Easton, prend sa source dans l’apprentissage de savoir comment donner de la liberté à notre partenaire tout en maintenant la nôtre. Cela inclut d’avoir de bonnes manières de gérer les conflits lorsque les émotions fortes sont en jeu.

Combattre de manière juste. Il peut être nécessaire de s’entendre à l’avance sur le comment et le où une dispute peut s’établir (ex. Pas en état d’ébriété, pas devant les enfants, etc.). Cela devrait être dans un endroit sécuritaire où il vous sera possible d’élever la voix, si besoin est. Gardez en tête qu’une bonne dispute n’est pas abusive. Il y a un respect pour la sécurité et la mutualité, afin que chacun soit en mesure d’exprimer comment il/elle se sent et de pouvoir se sentir plus forts mais aussi plus proches au sein de la relation après le conflit. En d’autres mots, tout le monde devrait gagner pour que le conflit soit considéré un succès. Dans le cas contraire, « perdre » les conflits parce que vous vous êtes senti dominé ou invalidé n’apportera que du ressentiment et le conflit perdurera. Prendre rendez-vous pour se chicaner, aussi bizarre que cela peut sembler, aide également à éviter de se disputer durant des états émotionnels intenses qui peuvent miner le jugement et interférer avec le processus.

Zones sensibles. Parfois, des éléments déclencheurs peuvent nous mettre dans ces états émotionnels intenses qui peuvent nous empêcher de traiter les problèmes de manière constructive. Prendre l’air pendant 20 minutes nous aide à réduire la réponse au stress jusqu’au retour à notre état normal, ce qui sera bénéfique pour pouvoir penser clairement par la suite. Une autre option est d’écrire comment vous vous sentez ou de dessiner vos sentiments et de prendre le pouls de ce qui se passe à l’intérieur de vous-même durant 15 minutes. Si vous ne vous sentez pas mieux après ce délai, poursuivez. Lorsque vous êtes prêt à revenir vers votre/vos partenaire(s), réalisez une activité que tous apprécient (aller prendre une marche, aller manger quelque chose, cuisiner, etc.). Finalement, soyez compatissant avec vous-même et essayez de ne pas être trop dur avec vous pour avoir eu des réactions émotionnelles fortes reliées au conflit. Le point est que vous entrepreniez des étapes pour être constructifs lors d’une situation tendue.

Messages au «Je». Lorsque vous communiquez durant les conflits, essayez de parler avec des phrases qui débutent par «Je». Par exemple, « Je me sens mal… » informe l’autre sur comment vous vous sentez sans ambiguïté et ne les accuse pas de quoi que ce soit. Assurez-vous d’exprimer l’émotion que vous ressentez au moment même plutôt qu’une croyance telle que « Je sens que tu as tort ». Cela ne pourra mener qu’à du ressentiment car les gens n’aiment typiquement pas se faire dire comment ils se sentent. Plus important encore, lorsque votre/vos partenaire(s) vous disent comment ils se sentent, écoutez et validez. C’est important d’apprendre de la perspective des autres afin de pouvoir arriver à des solutions dont chacun pourra être satisfait.

Prendre des ententes

Au sein de toutes les relations interpersonnelles se trouvent des ententes non déclarées à propos des comportements acceptables et inacceptables. À de nombreux moments, ces ententes sont similaires au sein des couples, alors que dans les relations polyamoureuses, ces ententes peuvent nécessiter d’être clarifiées de manière plus explicite dès le départ. C’est important de parler avec les personnes dans votre vie à propos de ces ententes et de négocier ce qui est acceptable et inacceptable pour chaque personne impliquée. Selon Hardy et Easton, s’assurer de prendre des ententes flexibles est aussi important afin d’éviter des problèmes majeurs et de permettre un espace pour l’individualité, la croissance et le changement.

Une partie importante de prendre de bonnes ententes est le consentement, ce qui signifie que les sentiments de toutes les autres personnes, incluant les enfants, les autres partenaires et les personnes que ces ententes affecteront, soient considérés. Cela peut ne pas se révéler une tâche facile, alors d’obtenir la réassurance verbale de la part de chacun est important. Assurez-vous d’éviter le blâme, la manipulation, l’intimidation ou la condamnation morale. Obtenir le consentement par ces manières ne constitue pas, en fait, un consentement.

Reconnaissez que, dans vos relations, vous et vos partenaires aurez des visions différentes de ce que la relation sera. Les ententes ne seront pas les mêmes pour chaque personne, mais devraient représenter les limites de chaque personne impliquée.

Finalement, les ententes ont toujours un certain coût affectif, mais il est important de soupeser l’ampleur de ces coûts pour se sentir à l’aise. Si le coût affectif vous semble trop élevé, envisagez de négocier un accord qui soit davantage satisfaisant pour vous.

Exemples d’ententes:

  • Aucun de nous ne (spécifier l’acte) avec les autres partenaires
  • Nous vérifierons l’état d’être de chacun au préalable, afin de confirmer le maintien du sentiment de sécurité après une rencontre avec un nouveau partenaire
  • Tout le monde cotise pour payer la gardienne des enfants
  • Tiens-moi/nous informé(s) de ce que tu as fait avec les autres partenaires
  • Pas de sexe avec d’autres partenaires dans notre lit/maison

Demander de l’aide

Il y a de nombreuses ressources pour vous aider à gérer les relations polyamoureuses. C’est vraiment une bonne idée de prendre le temps d’utiliser les ressources qui sont disponibles tels que les livres, les cours, les ateliers, voire même de la consultation privée en thérapie de couple. Considérez d’investir du temps dans vos relations et de le faire avec votre/vos partenaire(s) pour en tirer davantage de bénéfices. Travailler sur ces aspects des relations polyamoureuses en avance vous aidera plus tôt que tard à éviter une crise sérieuse.

Par: Mayte Parada, PhD, Centre de Thérapie de Montreal

Traduction: Audrey Fournier