Mon Expérience de la Dépression Post-Partum

Les premiers signes de la dépression post-partum

Mon histoire a commencé le 8 avril 2016 à minuit cinquante-et-une, lorsque l’on a déposé mon magnifique petit garçon sur ma poitrine après un long travail. Je ne ressentais rien. Ni joie, ni bonheur, ni douleur : j’étais engourdie. À l’hôpital, je n’arrivais pas à me sentir bien quand je prenais soin de mon bébé et je dormais à peine. Seulement quelques jours après notre retour à la maison, je savais que quelque chose n’allait pas. J’étais triste, très triste, et j’étais accablée par des attaques de panique. Je me disais que c’était normal, que tout le monde vivait les baby-blues, n’est-ce pas ? Tout ça finirait certainement par passer.

Le retour à la maison

Au fil des semaines, alors que mon mari retournait au travail, mon état se détériorait. Je pleurais sans cesse et j’en voulais à mon fils d’être là. Quand il se mettait à pleurer, je pensais à faire du mal, à lui ou à moi. Où étaient ces moments joyeux et précieux que j’étais censée vivre ?dépression post-partum mon experience

Lors de mon rendez-vous médical six semaines après l’accouchement, mon médecin a tout de suite su qu’il y avait un problème. Elle m’a dirigée vers l’urgence de l’institut Douglas pour que je reçoive une évaluation psychiatrique et de la médication. J’y suis allée dès le lendemain matin. Malheureusement, j’ai été évaluée par un psychiatre qui ne pensait pas assez dépressive pour me prescrire de la médication alors que j’allaitais encore mon fils (certains antidépresseurs passent dans le lait maternel). Il m’a plutôt recommandé la psychothérapie verbale. J’ai fait des appels le jour même et trouvé une psychologue spécialisée en dépression post-partum.

Nos rencontres se sont échelonnées sur quelques mois durant lesquels mon niveau d’anxiété a légèrement diminué. C’était une psychothérapie cognitivo-comportementale. J’étais épuisée et faisais très peu de progrès. Tout comme le psychiatre, elle ne diagnostiquait pas une dépression chez moi parce que mes résultats aux tests standardisés n’étaient pas concluants. Pourtant,  je pleurais tout au long de chacune de nos rencontres. J’étais frustrée, mais continuais malgré tout.

Six mois après la naissance de mon fils, je ne pouvais plus supporter mes symptômes de dépression et suis allée demander l’aide de mon médecin. Je suis retournée à l’urgence de l’institut Douglas où l’on m’a enfin prescrit des antidépresseurs. Alléluia !

La honte

Je ne peux continuer sans parler de la honte que je ressentais face à ma dépression, et de mon ressentiment face à cet enfant que j’avais tant espéré. J’étais incapable de parler ouvertement de ce que je vivais avec mes amis et ma famille, pas même avec mes parents. Je suis devenue très introvertie et évitais de voir mes proches. Je faisais comme si tout allait bien, parce que j’avais peur d’être démasquée lors d’un moment de fragilité.  Je suis contente de pouvoir aujourd’hui affirmer que, 3 ans et demi plus tard, je suis à l’aise de parler de mes épreuves. Je les raconte dans l’espoir d’aider d’autres mères.

Le retour au travail

Vers la fin de mon congé de maternité, je me préparais à retourner au travail. J’anticipais ce retour avec anxiété, peur et nervosité. Je ne pouvais imaginer comment concilier la vie de famille et une carrière exigeante dans le domaine de la vente.  De plus, mon mari avait aussi un emploi exigeant. Je me mettais beaucoup de pression pour réussir dans toutes les sphères de ma vie. Huit mois après mon retour au travail, je livrais la marchandise et atteignais mes objectifs de vente, mais j’éprouvais de grandes difficultés dans toutes les autres sphères de ma vie. J’étais triste et pleurais toujours autant. Il était difficile de contrôler mes émotions devant les clients et de me concentrer sur la route lorsque je conduisais. J’ai alors décidé de prendre un congé d’invalidité de courte durée et de chercher de l’aide.

Le psychothérapeute qui convient

Mon médecin généraliste était d’accord d’augmenter ma dose de médication, et j’ai commencé à voir une psychothérapeute formidable que je rencontre encore 2 ans et demi plus tard. Trouver le bon psychothérapeute a été la clé de ma réussite. Avec du recul, je me rends compte que ma première psychothérapeute n’était pas celle qu’il me fallait.

Avec ma nouvelle psychothérapeute, j’avais l’impression d’être comprise. Elle ne me poussait jamais à faire des choses auxquelles je n’étais pas prête. Elle m’a aidé à voir que j’avais besoin de seulement « être », et de vivre la dépression plutôt que de la réprimer. C’était difficile. En fait, c’était tellement difficile que sortir du lit tous les matins et m’occuper de mon fils était un combat. Je me demandais quand cette pesanteur allait s’alléger, si j’allais un jour être soulagée. Les journées étaient longues, et je dormais beaucoup. Mais elle me promettait que je vivais une transformation et que j’allais m’en sortir. C’était difficile de lui remettre ma confiance, et pourtant me voilà maintenant transformée!

Ce n’était pas un cheminement facile et, 3 ans et demi plus tard, il se poursuit. Je rencontre encore ma psychothérapeute régulièrement. Je sors toujours motivée de nos rencontres, et les yeux grands ouverts.

La recherche d’aide

Mon conseil à celles qui vivent les mêmes symptômes est de TROUVER DE L’AIDE. Trop de personnes souffrent en silence, et il est temps de combattre les préjugés liés à la santé mentale. Il est affolant de s’avouer que l’on souffre d’un problème de santé mentale, mais il faut en parler à une personne de confiance et chercher de l’aide. Je n’avais jamais compris à quel point j’importais à mon « village », jusqu’à ce que je surmonte la honte et raconte mon histoire. L’aide s’est mise à abonder pour s’occuper de mon fils, des courses, de tâches banales. C’est ce qui m’a permis d’avoir du temps pour prendre soin de moi. Cette attention envers moi-même a joué un grand rôle dans mon parcours de guérison.

Aujourd’hui, je me rends compte que c’est la combinaison de la psychothérapie verbale et de la médication qui m’a aidé à sortir de la dépression post-partum. Je suis heureuse de pouvoir enfin dire que j’aime passer du temps avec mon fils! Ça me comble de tant de bonheur que je ne regrette plus ma décision d’avoir un enfant. La psychothérapie m’a aidé à y arriver, et j’en suis très reconnaissante.

par Allison Pollock