L’ambivalence : Rester ou Partir?

J’accompagne Geneviève et Dina* en thérapie de couple. Elles sont dans la trentaine et vivent ensemble depuis deux ans. Bien qu’elles aient leurs difficultés bien à elles, leur relation ressemble à beaucoup d’autres, peu importe l’orientation sexuelle ou l’âge. Leur vie commune est éprouvante depuis les six derniers mois. Il n’y a aucune violence physique ou verbale, mais les disputes sont fréquentes et les conflits ne sont jamais résolus.

Je leur demande si elles désirent poursuivre leur relation ou se séparer. Dina répond qu’elle est dévouée à leur union.  Geneviève, elle, largue une bombe.

« Je ne suis pas certaine. Je me sens horrible. J’aime Dina, et parfois, c’est formidable. Mais à d’autres moments, je ne suis pas certaine de pouvoir passer au travers. Je n’arrive pas à trouver un sens à notre relation, et Dina le sait aussi. J’ai l’impression de la tenir captive », exprime-t-elle.

Should I Stay or Should I Go?

Ambivalence and conflict within a couple is a source of stress and pain for both.

La bombe mentionnée plus tôt, c’est l’ambivalence. Plusieurs d’entre nous avons déjà ressenti le désir pour deux choses irréconciliables : « je veux garder mon emploi, mais j’aimerais démissionner » ou « je veux rester à Montréal, mais je voudrais aussi vivre à Vancouver ».  Il n’est pas rare de penser : « je veux cette relation, mais j’aimerais ne plus y être contraint ». Ce sentiment ne dure généralement qu’un temps. Un baiser de notre amoureux ou une autre sortie décevante en célibataire facilitent la décision. Au fil du temps, la relation perdure et il devient de plus en plus difficile de prendre une décision claire entre la poursuivre et y mettre un terme. Lorsque la relation est un mélange déchirant de souffrance et de déception, mais également d’amour et de partage, il est normal de se sentir comme Geneviève : prisonnière de l’ambivalence.

J’ai récemment entendu des conseils s’adressant aux couples qui vivent cette contradiction. Ces conseils étaient émis par des professionnels de la thérapie rationnelle émotive, élaborée par le psychologue Albert Ellis. Son utilité ne se limite pas à la thérapie. L’ambivalence décrite par Geneviève pourrait malheureusement la piéger encore bien longtemps. Il faut donc prendre conscience de l’impasse et trouver une solution.

Geneviève dit qu’elle a l’impression de tenir Dina captive. J’entends couramment ce genre de paroles désespérées chez les partenaires indécis. Cette métaphore en dit long sur les sentiments et les pensées de Geneviève : les conséquences de sa décision seront catastrophiques et, devant cela, Dina est sans défense.

Bien que Geneviève perçoive sincèrement la situation de cette façon, la vérité est tout autre. De plus, des idées aussi lourdes ne l’aideront pas à prendre une bonne décision.

Donc, si vous vous sentez piégé, n’hésitez pas à ébranler vos scénarios catastrophes et l’image d’impuissance que vous vous faîtes de votre partenaire.  Il faut dédramatiser la situation. Il est extrêmement peu probable que l’un de vous mourriez suite à la rupture ou face aux épreuves de votre relation. D’un sens, un cœur brisé continu de battre et de l’autre, la poursuite d’une relation n’est pas mortelle. Votre partenaire n’est pas sans défense. C’est une personne adulte qui pourrait elle-même décider de rompre si l’ambivalence persiste.

Si vous êtes le partenaire dévoué à la relation, exprimez-vous auprès de votre conjoint : « Si l’incertitude devient insupportable, ce sera moi qui quitterai. »

Prendre la décision de rester ou de rompre est très difficile. Évitez de compliquer votre réflexion avec des peurs irréalistes qui ne génèreront que culpabilité et inquiétude. En vous libérant de ces pressions, vous jetterez un regard plus clair sur la situation.

*Le couple mentionné ci-haut est inspiré de nombreux patients.  Les noms véritables n’apparaissent pas dans ce texte.
Biographie courte : Jeremy Wexler détient une maîtrise en travail social de l’université  Columbia. Il est thérapeute conjugal et familial au Centre de Thérapie de Montréal. Il tient un blog, en anglais, sur les relations amoureuses, la famille, les enfants et l’école au www.jeremywexlertherapy.com.

Biographie longue : Jeremy Wexler détient une maîtrise en travail social de l’université  Columbia. Il est thérapeute conjugal et familial au Centre de Thérapie de Montréal.  Ses champs d’intérêts sont la vie émotionnelle au masculin, les difficultés émotionnelles des familles avec un enfant ayant des difficultés d’apprentissage, le support social et émotionnel des enfants à l’école et la gestion de la colère au sein du couple. Il tient un blog, en anglais, sur les relations amoureuses, la famille, les enfants et l’école au www.jeremywexlertherapy.com.

Veuillez noter que le genre masculin est utilisé dans le seul but de ne pas alourdir le texte et qu’il désigne aussi bien les femmes que les hommes.